Oubliez les rĂ©solutions de 2026 qui ne tiendront pas trois semaines. Aux Ătats-Unis, la vĂ©ritable tendance de la rentrĂ©e se joue dans les cabinets d’avocats. Bienvenue dans le National Divorce Month, ce moment fascinant oĂč lâAmĂ©rique dĂ©cide, avec son pragmatisme bien connu, de purger ses excĂ©dents conjugaux.
Câest un phĂ©nomĂšne statistique brutal : dĂšs le retour des vacances, les recherches Google pour « divorce » montent en flĂšche (+33 %). Les avocats en droit de la famille, qui ont passĂ© dĂ©cembre Ă peaufiner leur swing de golf en Floride, reviennent au bureau pour affronter ce qu’ils appellent le « Divorce Monday », le premier lundi de l’annĂ©e oĂč les standards implosent.
Mais pourquoi cette urgence ? Les experts juridiques du site FindLaw, nous en donnent lâexplication, entre hypocrisie sociale, calcul fiscal et sobriĂ©tĂ© radicale. Voici les trois clous qui scellent le cercueil du mariage amĂ©ricain en ce dĂ©but d’annĂ©e (le quatriĂšme va vous surprendre).Â
On ne touche pas Ă la Holiday Card
Si les vannes s’ouvrent en janvier, c’est parce que la cocotte-minute Ă©tait fermĂ©e hermĂ©tiquement depuis novembre. Comme le note FindLaw, les couples entrent en « hibernation conflictuelle » pour une raison simple : les enfants. Il faut leur offrir un « dernier hourra » (one last hoorah), une ultime illusion de magie. C’est l’impĂ©ratif sacrĂ© de la Holiday Card, cette photo oĂč tout est parfait, cadre, sourires, vĂȘtements, jusquâau chien vraiment stylĂ© – vous allez bientĂŽt recevoir celle de French Morning, avec, Ă coup sĂ»r, une rĂ©duction de 30% sur lâabonnement.Â
Mais dĂšs que le sapin atterrit sur le trottoir â oui, celui-lĂ mĂȘme que vous avez payĂ© 230$ trois semaines plus tĂŽt au petit vendeur du coin de la rue â, le contrat de figuration expire. Le masque tombe avec une violence proportionnelle aux efforts fournis pour sourire sur la photo. Le sapin est sec, et, de toute Ă©vidence, le couple aussi.
Joyeux Nouvel An Fiscal !
Janvier ne marque pas seulement le dĂ©but d’une annĂ©e catastrophique pour les Cancer, Lion, Vierge, Balance et GĂ©meaux. Il marque aussi le dĂ©but dâune nouvelle annĂ©e d’imposition (Tax Year).
Pour simplifier la paperasse administrative et repartir sur des bases comptables saines, il est plus « propre » de se sĂ©parer au 1er janvier. C’est le Marie Kondo de la fiscalitĂ© : on jette ce qui ne nous apporte plus de joie, ni de dĂ©duction d’impĂŽt.
Pire encore : la stratĂ©gie du Bonus. Aux Ătats-Unis, les bonus annuels tombent souvent fin dĂ©cembre. Or, dans de nombreux Ătats, le conjoint a droit Ă la moitiĂ© des gains accumulĂ©s pendant le mariage. Les avocats dĂ©crivent sans fard le comportement du « conjoint avisĂ© » (savvy spouse) : il ou elle rafraĂźchit l’application de la banque toutes les dix minutes le 31 dĂ©cembre, attend que le virement apparaisse… et marque le dĂ©but des hostilitĂ©s.Â
Sans alcool, le mariage est quand mĂȘme moins rock and roll
Bien sĂ»r, vous pouvez arrĂȘter de boire quand vous voulez. Mais sachez quand mĂȘme que la sobriĂ©tĂ© de janvier (Dry January) est une arme Ă double tranchant. Pour de nombreux couples Ă bout de souffle, le Chardonnay de 7pm agissait comme un « amortisseur de frictions » bienvenu, permettant de passer sur pas mal de dĂ©fauts du conjoint.
Sauf que sans cet anesthĂ©siant conjugal, la rĂ©alitĂ© du couple apparaĂźt tout Ă coup en Ultra Haute DĂ©finition, brute et sans filtre. Comme le raconte une chroniqueuse de Refinery29, la privation d’alcool transforme souvent la tolĂ©rance en irritation pure : « I can’t wait until you can drink again » (J’ai hĂąte que tu te remettes Ă boire) devient la phrase la plus prononcĂ©e (souvent seulement dans la tĂȘte) dans les foyers amĂ©ricains. Ce qui Ă©tait une dĂ©marche santĂ© se transforme en crash-test relationnel : Ă l’eau pĂ©tillante, votre conjoint n’est plus charmant, il est juste insupportable.
L’Amour sous KPI (Key Performance Indicators)
Enfin, il y a cette manie trÚs américaine de gérer sa vie privée comme une start-up de la Silicon Valley. Janvier étant la saison des évaluations annuelles (Performance Reviews) en entreprise, la contamination gagne inévitablement la chambre à coucher.
FindLaw parle joliment de « l’espoir du renouveau ». Mais traduit en langage corporate, cela ressemble surtout Ă un « Relationship Audit ». Comme le rapportait une enquĂȘte du Wall Street Journal, de plus en plus de couples s’assoient en janvier pour Ă©valuer leur « performance ». Fini le flou romantique, place aux feedbacks constructifs : Le retour sur investissement Ă©motionnel (ROI) est-il suffisant ?
Certains vont mĂȘme jusqu’Ă placer leur conjoint en « PIP » (Performance Improvement Plan), comme un employĂ© sous-performant qu’on menacerait de licenciement s’il laisse encore traĂźner ses affaires ou quâil ne nettoie pas le lavabo aprĂšs sâest brossĂ© les dents. Si les indicateurs restent au rouge en janvier, la sentence tombe avec la froideur d’un conseil d’administration : on coupe les coĂ»ts (cut the losses). On ferme la filiale.
Et pour ceux qui n’ont pas les moyens ?
Heureusement il existe une solution de replis si vous ne pouvez pas vous payer l’avocat (car le divorce coĂ»te souvent plus cher que le mariage). Un plan Plan B low-cost. Le site de rencontres extra-conjugales Ashley Madison rapporte chaque annĂ©e un pic massif d’inscriptions en janvier. C’est la rĂ©solution cachĂ©e du « New Year, New Lover ». Faute de pouvoir quitter le navire pour des raisons fiscales, on s’offre une croisiĂšre ailleurs.Â









